28.03.2009
Last train to Transcentral IV

Elle me frôle, en prenant un soin absolu à ne pas me toucher. Comme dans un jeu d’enfant où on doit deviner à l’aveugle où le doigt va se poser.
Elle me glisse des mots à l’oreille dont je ne perçois que quelques sonorités familières qui finissent par se mêler aux sons hypnotiques d’un remix post seventies. Les illusions chimiques ne s’estompent pas si facilement. Pour reprendre pied à la réalité, il me faut me concentrer d’avantage. L’hyper perception m’y aide. Je saisis toutes les tonalités de son parfum. Celui de sa peau, et d’autres. Aux heures tardives, les artifices olfactifs abandonnent rapidement leur fonction première au discours animal. Je retrace son parcours en identifiant chaque indice abandonnés sur elle.
Cette odeur masculine imposante ne parvient pas à cacher les plus discrètes. Je la lis. Je la détaille puisque je suis incapable de la regarder.
Je la recompose avec les images des précédentes. Je m’invente une idéale. Je sais bien qu’elle ne survivra pas, elle non plus. Des souffrances des hommes, je n’ai su tirer qu’un handicap sentimental irrémédiable. Les autres sont devenus les acteurs oubliés de ma vie. Je n’en attends rien. Même pas le souvenir.
Quelque part entre l’oreille et la joue, je sens une pointe à la texture indéfinissable. Alors qu’elle poursuit son exploration géographique, sa géométrie variable m’informe nettement sur sa nature. Sa langue se fraie un chemin énigmatique sur mon visage. Je me laisse faire. Par paresse et par curiosité.
Je ne sais même plus à quoi cette fille ressemble. Dans mon imagination, elle prend plusieurs visages. Je m’y perds et ça me rassure. Modulation de fréquence. Les sons se mélangent, se dissocient puis se rassemblent. J’ouvre légèrement les yeux. Les captures rétiniennes qui passent entre mes cils viennent jouer comme des électrons libres avec ma folie chimique. J’aime déjà cette fille. Le cycle amoureux est simplement raccourci. Il finira bientôt.
Si elle joue bien son rôle suivant l’ordre alphabétique des relations d’un soir, elle ne me posera aucun problème. Dans une heure tout au plus tout devrait être fini. Je suis confiante. A la lettre O, elle enlève son débardeur et soulève le mien pour y coller sa poitrine. Ce contact épidermique de rondeurs mêlées ne semblent intéresser que nous. A moins que je n’aie encore réduit les frontières de mon monde à son corps et au mien. Ce genre de truc est pour moi le signal que tout va s’accélérer en une récitation chronométrée pour finir par un Z majuscule.
Mais le processus s’arrête avant la lettre Q. Les mots qu’elle m’avaient murmuré à l’oreille étaient : Je suis sûre que tu veux mourir avec moi. Je l’ai sous estimé, elle avait tout compris, cette petite salope meurtrière.
Yuksek I could never be a dancer
09:27 Publié dans London (GB) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note