02.09.2008

Les paradis perdus III - Devil between us


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Je sens immédiatement le contraste de sa main chaude sur ma peau exsangue. Il me guide précautionneusement hors de la voiture comme si j’étais prête à me briser sous la pression de ses doigts.

Je baisse la tête. Je ne veux pas rencontrer son regard. Je m’attache aux détails. Son coude. Ses mains. Ses doigts. Ses ongles. Ma vision se resserre comme mon corps contre le sien. Pour ne pas tomber.

J’aimerai m’enrouler davantage dans sa chaleur. Je me concentre sur son flux sanguin pour redonner un rythme au mien. Je marche les yeux fermés. Je perçois plus nettement son odeur. Reconnaissance olfactive de l’homme inconnu ; par delà la senteur verte des bambous frémissants comme une haie d’honneur à notre passage. Je trouve en lui le tuteur nécessaire à mon avancée.

Il m’emmène dans le grand salon, espace ouvert sur le lac dont la noirceur de la veille a laissé place à un bleu métallisé glissant doucement vers l’or du petit matin. Il m’a lâchée lentement comme on pose un vase en équilibre et s’est éloigné pour caler un disque sur la platine.

Au moment où l’aiguille s'enclave dans le sillon, il enlace ma taille et m'entraîne dans une danse vaporeuse. Chaque note remplit le vide laissé par la drogue dans mes veines. Une réanimation passive, lascive. Mon corps reprend un volume oublié depuis longtemps. J’enfouis mon visage dans son épaule. Je perçois la trame du tissu de sa chemise, vision macro sous les grésillements du microsillon.

Je sens son souffle sur mon oreille. J’ai l’impression d’entendre …

Puis les feux d’artifice chassent les dernières noirceurs nocturnes pour laisser place au premier rayon de soleil qui vient percuter sa pupille mordorée. J'éprouve cet éclat comme un coup de poignard dans le ventre.

Une souffrance venue de loin, des limbes du passé. Une résurgence déchirant mes tissus comme un riff de guitare électrique dans un morceau calme. Qui vient redonner un sens à cette cicatrice dont j’avais estompé les contours afin d’en faire taire le cri.

Je me suis raccrochée à son cou pour reprendre mon souffle et y étouffer des larmes acides d’avoir été trop retenues. Je ressens de nouveau le métal lacérant mon ventre, s'enfonçant inexorablement dans mes chairs en d'horribles hurlements aphasiques. Ce sentiment d'impuissance face à la mort m'envahit, me reprend comme ce soir là, m'anéantit.

Une balafre rouverte sur mes souvenirs. La douleur impressionne ma rétine pour me rappeler que je suis vivante ... malgré moi.

Pixies - Hey

Les paradis perdus II - (0;0)


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J'ai posé mes mains sur le volant et mon front sur mes mains.

Je n'aime pas ces retours à la réalité. Ils sont douloureux et pourtant indispensables. Abscisse zéro de ma courbe de dérive psychique. Je définis mes repères par rapport au point d’origine de ma souffrance, de façon totalement désordonnée.

De cette soirée, il ne me reste que des souvenirs filandreux. Une ambiance. Une impression malsaine. Presque cinématographique. J’aime me fondre dans cette noirceur insensée. Je recherche la décadence. Et je ne veux pas savoir pourquoi.

Je sentais ma tête s’alourdir et écraser mes phalanges. Un bruit sourd, presque imperceptible contre la vitre. Je tourne mon visage. Une main posée à plat me livre ses empreintes digitales. Ligne de vie. Ligne de fortune. Ligne d’amour. Elle me rappelle mes jeux d’enfants dans lesquels j’essayais encore de lire le futur.

La paume se disjoint de son support. La pulpe des doigts laisse une espèce de carte aux trésors mystérieuse sur la glace. Ma pupille se dilate pour ajuster sa vision au visage qui se présente.

Pour l’avoir tellement fixé, je le reconnais.

Il me regarde. Je le regarde. Il semble ne rien vouloir. Je ne m’interroge pas sur sa présence. Je reprends ma position initiale et je ferme les yeux.

La portière s’ouvre. Reflexes anesthésiés, je ne bouge pas. J’ai l’impression que mon corps entier s’effondre.

Pi the soundtrack : Psilonaut - Third from the sun

Les paradis perdus I - Traversée


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La lourde portière de la voiture s'est fermée dans un son étouffé.

La lumière des phares a déchiré la nuit de puissants flashs orangés.

J’ai suivi l’allée de galets plats bordée de bambous qui bruissait dans le vent léger venant du lac.

Devant moi, l’imposante villa ne livrait pas clairement ses contours.

Je la devinais de bois, de verre et d’acier comme toutes les maisons luxueuses alentours.

Robe et talons noirs, cheveux tirés et air sombre, j’avançais lentement comme entraînée malgré moi dans un cortège funèbre.

Ma perception se brouillait.

Je ne sais plus comment je suis entrée. La porte était entrouverte sans doute.

J’évoluais dans cette maison avec sérénité.

A mon passage, les regards se tournaient vers moi. Centre d'une attraction malsaine.

Je percevais les détails et quelques bruits sourds.

Coupes de champagne, dos nus, chignon serré, regard en biais, montre discrète, cigare fin.

Les basses d’une musique dissonante en bruit de fond.

Une perfection raffinée sous laquelle semblait gronder un danger en instance, une perversion impalpable.

Diffusion sanguine irrévocable.

Mon corps bien présent dans un rêve éveillé.

Je croisais les regards reptiliens d’hommes racés et de femmes divinement froides.

Leur désir perlait sur ma peau.

D’une pièce à l’autre, mes sensations s’estompaient, mes idées se mêlaient, les corps s’allongeaient.

Le rouge à lèvre des longues femmes bourgeoises se perdait sur les peaux.

La soie des chemises était écartée sans douceur.

Seule, debout parmi les corps alanguis, je faisais face au DJ qui n’accordait aucune importance à la débauche qui l’entourait.

Je regardais la seule personne qui ne me regardait pas. Fixement. Protégée contre toute communication.

Je me focalisais malgré moi sur son regard concentré qui l’isolait de toute influence.

Je sentais vaguement des mains caressantes sur mes jambes.

Un homme âgé, outrageusement bronzé plantait sa queue dans le sexe parfaitement épilé d’une jeune femme diaphane au regard métallique.

Pénétration aussi nette que celle de l’aiguille dans ma veine.

L'extase feinte s'inscrivait douloureusement sur son visage mais laissait son regard vide intact.

Je poursuivais vers la terrasse, le lac manifestait vaguement sa présence par une fraîcheur caractéristique.

Contre la baie vitrée, un homme adossé se faisait sucer par deux femmes d’une parfaite blondeur.

Je me suis accoudée au portant pour fumer une cigarette et je les observais sans détourner le regard.

L’une était plus jolie que l’autre.

Je compris que ce vît convoité n’était pour elles qu’un prétexte aux plaisirs saphiques.

Rapidement, il éjacula sur la moins jolie des deux.

Je saisis l’autre par le coude pour la relever.

D’une caresse sur la nuque, j’approchais son visage du mien pour l’embrasser.

Je sentis son souffle long dans ma gorge. Son plaisir se diffusait dans un murmure imperceptible.

Je la tenais sous mon emprise et décidais de l’abandonner à un couple vaguement intéressé par notre étreinte.

Je leur donnais ce qui ne m’appartenait pas.

J’ai marché jusqu’au lac et ôté mes escarpins à mi chemin.

Je suis restée là à deviner le flux des flots noirs. Le temps ne suivait plus sa propre loi.

La drogue s’effilait dans mon système sanguin. La chimie devint anecdotique.

Ma conscience revenait avec le jour.

Je retournais sur mes pas, marchant parmi les cadavres… bouteilles, verres cassés, foutre, corps.

La jeune femme blonde avait disparu.

Une employée de maison blasée commençait mollement à remettre de l’ordre dans cette débauche d'un autre monde que le sien.

Je regagnais ma voiture.

Sur le siège, le contraste du sang séché sur le coton blanc me rappelle que je suis mortelle.

Deep Forest, Comparsa, Media Luna

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